dimanche 30 juin 2013

LE BOURREAU

A la frontière entre la vie et la mort, la justice et l'infâme, les bourreaux constituent une caste à part . Si le peuple est favorable à la mort des coupables, elle est toujours hostile au bourreau, seul homme à avoir le droit , et le devoir, de tuer au nom de la loi . Par la force des choses le métier demeure dans quelques rares familles, comptant peu de membres .
 
 
 

L'exécution est vieille comme le monde et les méthodes employées au fil de l'histoire sont légion . Jusqu'au Moyen Âge, c'est par tirage au sort qu'on désigne l'exécuteur des peines ; il officie qu'une seule fois et passe ensuite la main à un autre ...
Au XVIII ème siècle, les premiers exécuteurs spécialisés, dénommés bourreaux vers l'an 1240, apparaissent . Les villes vont peu à peu se doter d'un habitant en charge des exécutions . Les peines varient selon la nature du crime et le rang occupé dans la société : pendaison, décapitation pour les nobles, roue pour les assassins, huile bouillante pour les faux-monnayeurs, bûcher pour les sorciers, écartèlement en cas de régicide .... Auquel s'ajoutent moult punitions corporelles ! A la tête de cet arsenal de châtiments, un intouchable, un être mystérieux .


DANS L'OMBRE DE PÈRE EN FILS .....


Jusqu'à la Révolution, l'exécuteur est "titulaire d'un office" et bénéficie de lettres de provisions du roi . Longtemps, le bourreau doit arborer un signe distinctif, souvent une broderie qui rappelle son métier (une épée, une potence, une échelle), voire, dans certains bailliages, une casaque aux couleurs de la ville . Jusqu'au XVIII ème siècle, il a l'obligation de loger hors de la ville, ou alors dans la maison dite du pilori . La profession reste aux mains de quelques familles qui pratiquent l'endogamie (mariage au sein d'une même tribu), plus que dans n'importe quel autre métier .
La charge ne pouvant rester vacante, elle peut se transmettre "par la quenouille" ... c'est à dire par les femmes (époux de la fille du bourreau peut se voir attribuer la charge ) . Au final, c'est une soixantaine de familles qui s'étendent sur six siècles, avec quelques grands noms, les Sanson en tête . "La charge de maître des hautes œuvres n'était pas en France strictement héréditaire comme en Espagne ; cependant, et par toutes sortes de raisons assez faciles à déterminer..., une fois entrée dans la famille, il était bien rare qu'elle en sortit ."(Sanson)


PRIVE D'HONNEUR, MAIS PAS DE DROITS


Le personnage fait peur, il est maudit . L'idée qu'il côtoie la mort et la souffrance lui confère pourtant le pouvoir de guérir . Souvent, il vend des remèdes contre la douleur, fournit des drogues aux torturés, se fait rebouteux, chirurgien . Par ailleurs, il profite de droits qui vont au-delà de son salaire touché sur chaque exécution et du remboursement des fournitures . Il prélève une partie du revenu des échoppes louées autour du pilori, vend des billets de spectacle des exécutions, touche des droits sur les dépouilles des condamnés . Religieux ou prostituées lui donnent parfois un tribut, sous forme de vin ou d'argent . Surtout, il perçoit le droit de "havée" qui lui permet de prélever sur les grains du marché autant que ses mains peuvent contenir .


LA GUILLOTINE PREND DU SERVICE


Avec la Révolution, un nouveau mode d'exécution est mis en place, plus sûr et plus ... humain : "Tout condamné à mort aura la tête tranchée " (code pénal de 1791) . dans un rapport, le bourreau Sanson plaide en effet contre la décapitation à l'épée : "Celle-ci coûte cher, une seule exécution peut ébrécher ; si le condamné n'est pas courageux, l'exécution est presque impossible ; si elles sont prévues en nombre, le bourreau va se fatiguer, être ému ..." A la trappe donc épée, glaive et hache ! Construite selon le projet du docteur Guillotin, autorisé par Louis XVI, la guillotine tombe pour la première fois le 25 avril 1792 . A partir d'août 1793, elle demeure en permanence place de la Révolution . Entre avril 1793 et juillet 1795, 2831 têtes tombent dans le panier . La pérennisation de la profession s'accélère .
Au fil du XIX ème siècle, les bourreaux s'habillent bourgeoisement ; ce sont des citoyens ordinaires ou presque . Un décret de 1871 réduit leur nombre à un seul et même homme, assisté de 5 adjoints, exécuteurs en chef pour toute la métropole . La guillotine continue de fonctionner jusqu'en 1981, date à laquelle la peine de mort est abolie .





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