mardi 29 juillet 2014

LES LIEUX ELEVES

L'oronymie est l'une des nombreuses branches de la toponymie . Elle a pour particularité de s'intéresser aux noms des montagnes, et plus largement à ceux des hauteurs . 
Nombreux sont en effet les toponymes se rapportant aux caractères naturels de la région où ils se sont implantés . Ils portent ainsi la marque de la végétation locale, des sols, des rivières et, bien sûr, des reliefs . 


LA FORMATION DES NOMS DE MONTAGNE 


Comme pour les autres toponymes liés à l'environnement, les oronymes sont au départ très simples, et les mots employés signifient la "montagne" ou le "rocher" ou encore le "point haut" ou la "butte" . A ces racines parfois très anciennes, s'est ajouté, au fil du temps, un terme distinctif, un patronyme, un nom commun ou encore un adjectif, qui permet de les personnaliser . Par ailleurs, les appellations génériques désignant tout un massif sont relativement récentes, les anciens habitants des montagnes n'ayant pas une vue d'ensemble de leur région . Toutefois, ils correspondent parfois à de très vieux termes, comme alp (les Alpes), mot indo-européen signifiant montagne, jour ou juris, mot gaulois désignant une hauteur boisée (parfois seulement un bois) qui a donné le Jura, ou encore Vosego, divinité celtique ayant donné son nom aux Vosges . Enfin, les appellations dialectales sont particulièrement importantes dans la genèse des oronymes, dans la mesure où les régions de montagne sont souvent très morcelées et isolées . Il faut noter cependant qu'on trouve des termes désignant des hauteurs dans toutes les régions . 


LES TERMES ORONYMIQUES 


Impossible ici de les inventorier tous, mais on peut en indiquer quelques uns . Les plus évidents pour nous sont ceux qui ont subsisté en français : butte, cap, colline, côte, coteau, crête, croupe, hauteur, mont, motte, pic ... 
Ils désignent des monticules plus ou moins importants, parfois fort loin des montagnes . 
Cap par exemple, est utilisé d'abord pour la tête, puis pour marquer la limite d'une région . 
Les toponymes formés avec "mont" sont très nombreux : Montmartre et le mont des martyrs, Montpenoux celui des plantes épineuses 


DENT BLANCHE ET AIGUILLE ROUGE 


A l'époque romane, les noms de montagnes prennent souvent des formes métaphoriques évocatrices de la couleur ou de la forme des lieux . Lean Rostaing en évoque ainsi quelques uns . L'Argentière ou la Dent Blanche désignent des montagnes de Savoie souvent recouvertes par la neige, tandis que le Mounier ou le Casque de Neron signalent plutôt des monts noirs . Quant à l'Aiguille Rouge, elle doit son nom au soleil qui lui donne sa couleur . 


UN EXEMPLE DE VARIATION TOPONYMIQUE : PENN


Plusieurs noms de lieux pyrénéens sont formés à partir de la racine pene et ses variantes penne, pena, penon, penis ....Ce terme semble désigner, d'une part, le genêt et, d'autre part, un rocher vertical, comme c'est le cas pour les Penne Mirabeaux, dans les Alpes . On le retrouve aussi en Bretagne où il signifie la tête et, par extension, le cap, le bout de quelque chose, et non la hauteur qui, en breton, se dit plutôt menez ou run pour les collines et les petits reliefs . On voit bien par là qu'une même racine peut, d'une part, signifier plusieurs choses différentes, ici la nature d'un sol, la roche, un relief, une hauteur, et une plante, le genêt et , d'autre part, évoluer selon le contexte local, le sens s'adaptant à la langue et à la configuration régionale . 




                                           Vue générale du côté Sud de Cordes sur Ciel dans le Tarn