lundi 21 juillet 2014

L'APPORT SCANDINAVE DANS LA TOPONYMIE NORMANDE

Circonscrit à la Normandie et assez bien repérables, les noms les lieux issus du scandinave témoignent bien de la manière dont la toponymie peut être une alliée précieuse de l'histoire et de la linguistique . 
Leur étude permet en effet, non seulement de préciser les limites de la colonisation viking, mais également de voir comment la langue de nouveaux envahisseurs vient imprimer sa marque sur les toponymes déjà existants . 


LES "GUERRIERS DE LA MER"


En 911, par le traité de Saint Clair sur Epte, le roi Charles le Simple cède un teritoire autour de l'estuaire de la Seine à Rollon, chef des Northman, les "hommes du Nord" en scandinave, qui devient, en ancien français, Normanni, puis Normandie . Ces vikings "guerriers de la mer", comme ils se nomment eux-même, se livrent à des raids dévastateurs en Europe depuis la fin du VIIIe siècle . Ils laissent de leur passage un souvenir terrifiant et ils doivent leur efficacité à leur extrême mobilité et à leurs bateaux non pontés, les drakkars, qui peuvent à la fois affronter le grand large et remonter des rivières . Puisqu'on ne peut s'en protéger militairement de manière efficace, on choisit de les fixer dans ce qui devient alors la Normandie . Les Normands constituent alors un Etat centralisé et bien organisé qui laisse ses marques dans la toponymie de la région, marques d'autant plus précieuses qu'elles représentent l'un des seuls indices de leur présence après leur sédentarisation . En effet, les vikings, dès lors qu'ils s'installent, se christianisent et se francisent rapidement, ce qui explique la rareté des textes et des traces archéologiques spécifiques les concernant . 
La densité des toponymes dans les diverses régions de Normandie constitue, par exemple, un bon indicateur de leur degré de pénétration : très fréquents dans le pays de Caux, le Cotentin, surtout autour de Fécamp et la Hague, et dans toute la vallée de la Basse Seine, ils sont plus rares dans le Sud de la province et dans le pays d'Auge, ce qui témoigne d'une forte implantation sur les côtes et le long des fleuves, axes prioritaires de pénétrations pour les envahisseurs . 



LA LANGUE DU NORD ET SES MUTATIONS 


Les Normands créent de nombreux toponymes en exportant directement des mot de leur Scandinave d'origine, sans les modifier beaucoup, et c'est pourquoi on retrouve pratiquement les mêmes noms de lieux dans toutes leurs aires d'influence, sous réserve de quelques mutations phonétiques . Ainsi Hautot est l'équivalent de Hotthoft . D'autres toponymes sont issus d'un croisement entre langue romane et scandinave . Bonnetot , par exemple, résulte d'une combinaison entre le roman bonne et le normand tot . Même chose pour Maltot ou Franquetot . Le mot Villa qui donne ville est aussi la plupart du temps conservé, et on l'a rarement remplacé par son équivalent norrois, torp ou bu . Par ailleurs, on a souvent ajouté un article à des mots scandinaves comme dans LeBec ou La Hague pa exemple . Enfin, un certain nombre de toponymes accolent un suffixe norrois et un patronyme : Mictot, à l'origine Mikieltot, veut ainsi dire le domaine, la terre de Michel . Il en va de même pour Robertot ou Gratot . 


BEC, FLEUR, HAGUE ....



Beaucoup de mots issus du norrois, l'ancienne langue des Scandinaves, décrivent le paysage et le relief . On les retrouve en grand nombre dans les toponymes normands . Bec désigne un cours d'eau, fleur (Honfleur) un golfe, un estuaire . Homme ou hou venus de holmr ou hulm désignent un îlot , une langue de terre ou une hauteur au milieu d'un marais . 


LE MONDE DES HOMMES 


De nombreux toponymes signalent aussi la présence des hommes sur le territoire . Tot, du norrois toft ou tofte, désigne ainsi un terrain habité ou plus largement un domaine rural ou un village . Ce suffixe est très largement employé, en témoignent par exemple, Yve-tot, Le Tot, Quettetot....Gard (de garor) signale un enclos, tuit (de oveit) une terre défrichée et gate ou gata un chemin ou une route . 









Un coin du port et le café à Honfleur